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Monition du Mercredi des Cendres 2026

  • 18 févr.
  • 8 min de lecture


Nous voici sur le seuil du Carême…

La liturgie, la vie chrétienne nous offre un nouveau « Mercredi des Cendres » !

Et donc, le partage d’une nouvelle méditation pour entrer en Carême.

Exercice un peu redoutable, vous en conviendrez, lorsqu’on pense que pour certaines

consoeurs, c’est la 68e entrée en Carême.

Et pourtant ce jour est neuf…

Dans la première lecture, le prophète Joël nous exhorte, au nom de Dieu :

« Maintenant – oracle du Seigneur – revenez à moi de tout votre coeur, dans le

jeûne, les larmes et le deuil ! Déchirez vos coeurs et non pas vos vêtements, et

revenez au Seigneur votre Dieu… » (Jl 2)

« Maintenant ! »

Notre cycle liturgique nous offre de nouveau ce temps privilégié du Carême, mais le

Carême 2026 ne ressemble pas au précédent.

Et ce jour, Mercredi des Cendres, ne ressemble pas à hier, ni à demain.

Comment mieux accorder notre comportement à cette nouvelle étape de notre vie de

foi ?

Comment mieux suivre Jésus sur le chemin ?

Dans ces premiers versets de la prophétie de Joël, il est deux fois question de « revenir

à Dieu » :

« Revenez à moi de tout votre coeur… revenez au Seigneur votre Dieu ! »

« Revenez… »

Ce verbe « revenir » est un terme clé, de la Bible et du chemin monastique.

Dans la Bible, il exprime l’appel de Dieu, son désir de voir revenir à lui son peuple.

Écoutons cette parole de Dieu, transmise par un autre prophète, Jérémie :

« Inlassablement je vous ai envoyé tous mes serviteurs les prophètes, pour dire :

‘Revenez chacun de votre mauvais chemin, rendez meilleurs vos actes et n’allez pas

suivre d’autres dieux pour les servir ; vous habiterez sur le sol que je vous ai donné, à

vous et à vos pères’ » (35, 15).

Ce « revenir » est donc au coeur de l’histoire d’amour entre Dieu et son peuple.

Ce « revenez » exprime aussi le coeur du chemin monastique.

On trouve chez les Pères du désert, au 4e siècle, cette parole expressive :

« L’abbé Poemen a dit : ‘Il y a une voix qui crie à l’homme jusqu’à son dernier

souffle : ‘Aujourd’hui, convertis-toi’ ! »

Cet appel à la conversion, nous l’entendrons tout à l’heure à l’Eucharistie :

« Convertissez-vous et croyez à l’Évangile ! »

Cet appel à la conversion apparaît aussi au commencement du ministère terrestre de

Jésus, lorsqu’il déclare : « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche.

Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » (Mc 1, 15).

« revenir », « se convertir », c’est la même dynamique…

Mais au fond, à quoi nous appelle ce retour, cette conversion ?

Est-il possible que cette conversion s’adresse à tout chrétien et pas seulement aux

moniales ?

Voyons cela de plus près.

C’est vrai, la « conversion » est un voeu des moines et des moniales qui suivent la

Règle de Benoît.

Cette « conversion de vie, conversion des moeurs » est adossée aux deux autres voeux

que nous prononçons à la Profession, les voeux de stabilité et d’obéissance.

Vous le savez peut-être ou vous l’apprendrez, les Bénédictins ne prononcent pas

explicitement les voeux de pauvreté et de chasteté.

Ces deux voeux sont inclus dans le voeu de « conversion ».

Ce voeu de « conversion de vie » est très large et il va au-delà du seul engagement à

renoncer à posséder à titre personnel des biens matériels et à vivre dans la continence.

Comme l’écrit le pasteur Pierre-Yves Brandt, qui a inspiré quelques idées de cette

méditation, « la conversion consiste en une transformation profonde de l’être, à

laquelle le moine / la moniale consacre son labeur tout au long de sa vie » (1).

Il me semble que les valeurs de notre vie monastique peuvent interpeller tout chrétien

qui souhaite mettre ses pas dans ceux de Jésus, qui désire s’engager sur un nouveau

chemin de Carême.

Le Carême est, en effet, un chemin de conversion !

Pour nous y engager, l’Église nous offre trois outils : la prière, le jeûne et le partage.

Concernant le jeûne et le partage, on peut les percevoir comme une invitation à

consentir à une privation, à un manque.

En ce sens, le Carême ne nous invite-t-il pas à un « travail intérieur de

désappropriation et de dépossession » (P.-Y. Brandt) ?

Notre société prône le consumérisme et s’efforce de convaincre tout un chacun que la

consommation est capable d’offrir ce bonheur auquel tout être humain aspire.

À contre-courant, notre Dieu, Lui, a besoin d’un vide, d’une « disponibilité

intérieure », d’un espace en nous pour se manifester.

En ce sens, le Carême questionne notre attachement aux choses, aux objets, à la

nourriture, mais aussi à nos occupations, à nos titres, à notre gloire personnelle, à notre

égo.

Le chemin de Carême oriente notre regard vers ce qu’on pourrait appeler « la vraie

vie ».

Pas la vie biologique seulement, faite de besoins et d’instincts, mais une vie intense,

profonde, « en abondance », comme le promet Jésus dans le 4e Évangile (Jn 10, 10).

Pour obtenir cette vie en abondance, nous avons besoin de nous libérer.

Comme l’écrit encore Pierre-Yves Brandt : « La vraie vie ne se déploie que là où elle

peut circuler. Elle a besoin d’espace. Elle est comme l’oiseau : il ne peut déployer ses

ailes et prendre son envol si on l’enferme dans une cage ».

Le « jeûne » que nous pouvons pratiquer en Carême comporte différents aspects.

Il ne tient pas seulement à la nourriture.

Chacun de nous peut s’interroger : quels aspects de ma vie m’encombrent et

nécessiteraient une libération ?

C’est ici que Benoît, dans son chapitre sur le Carême, nous rejoint (RB 49).

Il propose deux pistes : « ajouter » ou « retrancher ».

Chacun de nous peut revisiter sa vie et voir le lieu où un ajout ou un retranchement

pourraient favoriser sa relation à Dieu.

N’omettons pas un jeûne possible, bien actuel : notre rapport à la planète.

Nous pouvons faire l’expérience qu’il n’est pas « si évident de modifier ses

habitudes » (P.-Y. Brandt).

Un tel jeûne entretient un lien étroit avec ce que Pierre Rabhi appelait la « sobriété

heureuse ».

Ces jeûnes que nous choisissons, ces voies que nous empruntons pour nous rapprocher

de Dieu, pour suivre Jésus au désert, peuvent nous confronter à la peur du manque.

Comme Jésus.

Rappelons-nous le récit de ses tentations dans le premier Évangile :

« Alors Jésus fut conduit au désert par l’Esprit pour être tenté par le diable. Après

avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim… » (Mt 4, 1-2).

Au désert, Jésus a fait l’expérience du manque.

Mais pas seulement.

Expérience du manque, des tentations, mais aussi expérience de la présence de Dieu :

« Alors le diable quitte (Jésus). Et voici que des anges s’approchèrent, et ils le

servaient » (Mt 4, 11).

Ce récit des tentations de Jésus est instructif !

En ce Carême, si nous connaissons « la peur du manque », soyons sûr(e)s qu’elle nous

conduit à « faire l’expérience de la grâce de Dieu qui vient combler une attente

confiante » (P.-Y. Brandt).

Et pour que notre confiance en Dieu grandisse, un troisième outil est proposé en

Carême : celui de la prière.

La prière en ce temps de Carême nous permet de questionner nos relations, à nous-

mêmes, à Dieu et aux autres.

Dans nos relations à autrui, la conversion de vie propose un chemin de décentrement.

C’est ici que peut se situer le voeu de « chasteté », qui consiste non à pratiquer la

continence, mais qui est l’apprentissage de la juste distance, avec chacun, aussi intense

que peut être la relation vécue.

Et, vis-à-vis de soi, l’appel à la conversion – qu’il soit un voeu ou un chemin proposé à

tout chrétien – conduit à l’« unification intérieure ».

De multiples désirs peuvent nous habiter.

Ces désirs que notre société de consommation cherche à satisfaire dès qu’ils

apparaissent.

Ce temps privilégié du Carême peut nous aider à nous conscientiser de l’apparition de

ces désirs et, ensuite, à décider de postposer leur satisfaction, à les creuser.

Le Carême peut être la décision, non de tuer tout désir, mais de « ne pas succomber à

la recherche de la satisfaction immédiate du désir » (P.-Y. Brandt).

Le désir est certes légitime, nous sommes des êtres de désir, mais le Carême nous

propose un chemin de liberté, nous offre le choix de déployer en nous un espace…

pour rencontrer Dieu.

Cet espace que Jésus évoque dans l’Évangile du Mercredi des Cendres :

« Quand tu pries, retire-toi dans ta pièce la plus retirée, ferme la porte, et prie ton

Père qui est présent dans le secret ; ton Père qui voit dans le secret te le rendra »

(Mt 6)

Espace de silence, d’écoute, de relation à Dieu.

La conversion de vie m’ouvre à découvrir une liberté intérieure et à faire l’expérience

d’une joie profonde, qui est un « fruit de l’Esprit » (Galates 5, 22).

Le psalmiste y aspire, dans le psaume de l’Eucharistie de ce jour :

« Rends-moi la joie d’être sauvé ; que l’esprit généreux me soutienne.

Seigneur, ouvre mes lèvres, et ma bouche annoncera ta louange ! » (Ps 50)

La conversion me convie à « accepter de me perdre de vue… (à) renoncer à porter un

jugement sur moi-même… (à) renoncer à viser ma propre justice » et, dès lors, à

recevoir de Dieu son Esprit pour me soutenir et me guider (P.-Y. Brandt).

Si je laisse l’Esprit agir en moi, il m’aidera dans ce travail de décentrement et

d’unification ; il m’inspirera les ajouts et les retranchements qui peuvent me

rapprocher de Dieu.

La seule chose qui compte, c’est ce que nous révèle Saint Paul dans sa Deuxième

Lettre aux Corinthiens :

« Nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu »

Ce que Dieu nous demande en ce Carême, ce à quoi l’Église nous invite, c’est le désir

de suivre Jésus sur son chemin, de nous rapprocher de Lui.

La démarche de Carême est une démarche libre et volontaire.

Comme le laisse entendre Saint Benoît, quand il déclare :

« Chacun offrira de sa propre volonté à Dieu, dans la joie du Saint-Esprit… » (RB 49,

6).

Dès lors, il n’y a pas de place pour des « mines de Carême » !

Par notre démarche ce matin, en cette église, nous témoignons de notre désir d’entrer

d’une manière neuve en ce nouveau Carême.

Dieu a travaillé notre coeur et nous avons la liberté et la responsabilité de répondre à

son appel.

Saint Paul ajoute :

« Nous vous exhortons… à ne pas laisser sans effet la grâce reçue de lui »

La Grâce est déjà en nous… C’est son Esprit qui nous conduit et nous entraîne !

Alors, gardons confiance !

Dieu nous accueille tel(le)s que nous sommes, avec nos qualités et nos défauts, nos

réussites et nos échecs, nos compétences et nos errances, mais surtout, avec notre désir

fort d’accompagner Jésus en son chemin…

Engageons-nous-y avec enthousiasme !

Nous ne sommes pas seul(e)s !

Nous commençons ce Carême en Communauté, avec toute l’Église…

Écoutons Saint Paul :

« Le voici maintenant le moment favorable, le voici maintenant le jour du salut »

(2 Co)

Et répondons à l’invitation de St Benoît : « Attendons la sainte Pâque avec la joie du

désir spirituel » !

Joyeux Carême pascal à chacun(e) de vous…



Sr Marie-Jean Noville (18 février 2026)


[1] P.-Y. BRANDT, Impact de la formation sur les voeux monastiques : pour une vie plus fraternelle à la suite du Christ (2), dans Collectanea Cisterciensia, 86 / 2 (2024), p. 129-143.


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